mercredi 17 août, 2022 | 23:36

Passation de charges au Tribunal de grande instance de Nouna

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<< Nous avons cru faire bien. A tous ceux qui se sont sentis heurtés, méprisés ou blessés, nous vous demandons pardon du fond du cœur >>, Fissouonté Hien, ancien Procureur du Faso à Nouna.

Nommé Procureur du Faso près le Tribunal de grande instance (TGI) de Nouna le 6 octobre 2016, Fissouonté Hien a été appelé le 29 mars 2021 à assurer les mêmes fonctions au TGI de Ziniaré. La cérémonie d’installation de son successeur, Armel Sama, a eu lieu le 7 octobre dernier. Cette audience a également été marquée par l’installation de Moussa Bassan aux charges de Président du TGI de Nouna, en remplacement de Patrice Zoundi nommé Président du tribunal administratif de Bobo-Dioulasso. Dans son réquisitoire, Fissouonté Hien a adressé aux Kossilais un émouvant message d’au revoir dont nous vous proposons l’intégralité.

<< J’ai une pensée pieuse tournée vers Dieu le créateur et aux ancêtres pour la grâce qu’ils me font d’être en vie jusqu’à ce moment.

Ma gratitude va à l’endroit du Conseil Supérieur de la Magistrature, qui bien que très jeune à l’époque, a estimé que j’étais digne d’assumer la charge de Procureur du Faso et à ma hiérarchie pour l’accompagnement dont j’ai bénéficié durant ces cinq années.

Mes pensées se tournent vers mon épouse, mes enfants, mes frères et sœurs qui ont été obligés de vivre ces cinq années loin de moi.

A mes collègues et collaborateurs que j’ai trouvés dans cette juridiction et qui m’ont accueilli et accompagné, acceptez que je n’ai pas trop mérité votre disponibilité. Maître COULIBALY Roger, avec vous et le président du tribunal, nous avons amélioré les conditions pratiques de travail à l’intérieur de ce palais. Maître COULIBALY, vous êtes une source utile à laquelle doivent s’abreuver les plus jeunes de votre métier.

A l’ensemble des corps constitués de la province de la Kossi, le Haut-commissaire en tête, trouvez dans ces mots la marque de gratitude de celui qui s’est bien senti avec vous pendant cette période.

A la population de Nouna qui a accepté que le droit soit dit sur elle, sachez que vous avez marqué ma vie. D’ailleurs, je parle mieux le dioula maintenant.

Aux Chefs de canton de Nouna, de Barani et de Dokui qui ont joué le rôle tampon entre l’institution judiciaire et les communautés. Dieu vous guide toujours !

Les officiers de police judiciaire n’ont pas manqué de jouer leur partition quoi que le métier soit devenu plus rude avec le phénomène terroriste. Qu’il me soit permis de vous dire modestement à tous ces gendarmes et policiers merci. Merci au Directeur provincial de la Police et au Commandant de compagnie de Gendarmerie. Aou nitché, aou ni baradji ! Au péril de nos vies, nous avons suivi, poursuivi, arrêté et fait juger des personnes de toutes les sortes de dangerosité possible. Que dire du terrorisme qui nous prive du sommeil, de la santé et de la vie. Nous avons fait à quelques époques des transports sur des scènes de crime avec des instruments presque rudimentaires. Un léger recul nous indique que nous avons pris des risques avec une insouciance quasi enfantine. De Pê au Mali, en passant par Barani, Madouba et Djibasso, nous avons démontré que plus qu’un devoir, nous montrions notre amour pour notre pays. C’est ce qui est demandé à tous citoyens, donc rien d’extraordinaire.

Monsieur le Directeur de la maison d’arrêt, nous sommes venus trouver une prison avec une quarantaine de détenus à peine. A un moment donné, nous sommes allés très loin de ce nombre. Il n’y a aucun mérite à mettre les gens en prison. Nous avons créé des charges pour vous, à vos éléments et au budget de l’État. Mais c’est la dure réalité du métier et les conséquences de notre volonté de ne laisser aucun délit, aucun crime sans une suite judiciaire utile.

Nous avons passé des moments cordiaux, faits de partage de passion commune qu’est le sport, de bonne collaboration et de respect de l’éthique et de la déontologie de nos métiers. Grâce à cette parfaite entente, nous avons, avec le concours de l’actuel Chef de Canton de Nouna, obtenu de nos parents de Tonkoroni un terrain de 12 ha pour l’exploitation pénitentiaire après quelques difficultés sur la première parcelle.

Ma gratitude va aussi à l’endroit du président de la communauté musulmane.

Merci et encouragement pour la suite.

A son excellence Joseph SAMA, l’Evêque de Nouna, pour votre présence continue à toutes nos actions, acceptez nos insuffisances parce que nous sommes jeunes et faisons le chemin de l’apprentissage.

Mes encouragements aux différents maires des dix communes de la province de la Kossi particulièrement à ma commune meurtrie de Kombori. Dieu nous garde et nous assure la stabilité et la paix, gages de tout développement.

Mes pensées se tournent spécialement vers Kombori, cette ville bruyante, brillante, prospère et attrayante qui faisait son petit chemin et qui est aujourd’hui une ville fantôme. Ma compassion pour ces femmes dogon, Peulh ou bobo qui souffrent avec leurs enfants en déshérence. Dieu vous console et apaise les cœurs de ceux qui dénient à leur prochain le droit à la vie.

Je ne peux ignorer la presse qui a été un accompagnant utile au cours de cette période. Je ne pourrai pas citer tous les noms de peur d’oublier certains, car tous ont contribué à l’édification de cette œuvre. Je me permets de faire un clin d’œil à Madi KEBRE de Burkinaweb.net, Issa Lazare KOLGA de Timbanews.net, Radio Kantiguiya, Kossen kibaru et les délégations des organes de presse nationale. Vous êtes toujours là sans rien attendre en retour. Nous sommes ensemble car il n’y a pas de cloison entre les ressorts judiciaires. Dieu vous garde et vous élève.
A la confrérie des dozos et son président Siaka KARAMBIRI, merci pour tout.

Ma gratitude va à l’endroit du président du tribunal avec lequel nous avons débuté cette aventure le 06 octobre 2016, au greffier en chef, à l’ensemble des juges, substituts du procureur du Faso et personnel de greffe. Tout le monde a pleinement joué sa partition pour que nous voyions ce jour avec autant d’enthousiasme. Le droit a toujours été le référent, la justice a été le leitmotiv et le bonheur de la population une quête permanente. Monsieur le Président, nous avons un amour commun qui est LA JUSTICE. Nous nous sommes affichés pleinement pour faire les choses autrement. Nous avons constitué un tamdem utile. Le parquet a refusé les poursuites inutiles ou fantaisistes et le sort judiciaire donné à nos procédures nous a évité des recours absolument abusifs. Dieu vous protège et vous assure le succès au tribunal administratif de Bobo-Dioulasso.

Mesdames et messieurs,

Nous avons depuis cette nuit du 31 août 2017, débuté notre triste expérience des attaques terroristes par celle de la brigade de gendarmerie de Djibasso. S’en sont suivies celles de Barani, de Madouba, de Doumbala, de Sono, de Kombori, etc. La Kossi a perdu sa paix, sa tranquillité, ses nuits paisibles et revu naturellement ses ambitions en termes de développement à l’instar du pays tout entier.

Notre volonté de suivre le train de l’épanouissement des populations a été sévèrement douchée et ce jusqu’aujourd’hui.

La justice, instrument de règlement de litige, de pacification de la vie en société, de sécurité des biens et des personnes et de promotion de développement, fait malgré tout son chemin. Nous avons espéré avoir contribué au solutionnement des conflits fonciers aussi bien à l’intérieur des villes que dans les zones rurales. Nous avons essayé de juguler les crises nées des suspicions de complicité avec les ennemis de l’humanité, de la vie et du bonheur. Nous espérons avoir utilement joué notre part du métier pour maintenir la Kossi dans cette espèce de relative accalmie, face à cette avalanche d’attaques avec son lot de morts, de destruction de biens, de déplacement de population et dans cette mutation progressive, vers le désespoir, la fin d’un monde où les enfants, les femmes, les jeunes espéraient bâtir un avenir radieux.

Nous avons essayé de consolider les familles déchirées par des conflits sociaux inhérents à toute vie en société.

Nous avons essayé de donner à l’enfant un espace harmonieux pour son propre épanouissement.

Nous avons essayé de donner une suite aux contestations nées du fonctionnement de nos administrations et dans ses rapports avec les administrés à travers la marche du tribunal administratif.

Nous avons essayé d’assainir tous les compartiments de notre administration publique à travers une politique pénale judicieuse qui ne laisse aucun refuge à la gabegie, au détournement et l’enrichissement illicite.

Notre conviction forte selon laquelle un pays comme le Burkina Faso, fait d’une diversité de nationalités ne peut exister, se construire et prospérer dans la paix, la stabilité et l’espérance, sans qu’une place prépondérante ne soit accordée au droit, à la loi, à la justice. En effet, lorsqu’on craint de subir un jour une injustice, il vaut mieux commencer par avoir l’amour de de la justice. Et le droit, cet intermède des forces, appelle chacun à assumer pleinement son devoir. Il n’y a aucun avenir dans un espace sans droit. Aucune perspective heureuse, stable, et durable ne peut se construire dans la négation du droit, dans ce jeu du chat et de la souris avec les lois de la république. Cette vision nous a animés durant notre séjour dans ce ressort.

Nous avons pu nous tromper dans notre démarche, dans notre vision, dans notre manière de faire. Mais nous n’avons pas pu le faire exprès pour choquer, pour faire mal, pour nuire. Nous avons cru faire bien. Le fermier croit de bonne foi avoir semé sa graine sur la terre fertile et espère germination, mais bien d’aléas peuvent lui réserver des surprises. A tous ceux qui se sont sentis heurtés, méprisés ou blessés, nous vous demandons pardon du fond du cœur.

Le 29 mars dernier, nous avons été désignés par le CSM pour assumer les fonctions de procureur du Faso près le TGI de Ziniaré. Cette nomination vient presqu’à la fin de notre mandat de cinq ans non renouvelable au TGI de Nouna. Nous avons passé de bons moments. Nous continuons à avoir le sentiment d’être chez nous ici. Nous nous plaisons bien mais nous devons partir. C’est la loi de la fonction publique. Population de la Kossi, affable et chaleureuse population de la ville de Nouna, vous allez nous manquer. Messieurs les maires, dites à vos administrés que je m’en vais. Que ce que je regrette c’est de n’avoir pas pu faire le tour de toutes les villes de la Kossi durant ce séjour merveilleux. Nous aurons certainement d’autres occasions.

Nous nous en allons avec la certitude que nos œuvres vont perdurer, que vous aurez le même accompagnement, et peut-être mieux, je le souhaite. En effet, de jeunes et brillants magistrats vous sont envoyés pour assumer les charges de Président et de Procureur du Faso.

Les fonctions de président seront désormais assumées par Monsieur Moussa BASSAN.
Monsieur Armel Namoussi SAMA assurera les charges de Procureur du Faso.

Chers collègues, il n’y a rien à vous apprendre. Vous avez été sélectionnés parmi des milliers de candidats pour entrer à l’ENAM. Vous avez eu une formation rigoureuse et avez été nommés magistrats dans d’autres ressorts avant d’être nommés à ces dernières fonctions. Vous avez fait preuve de dévouement, de disponibilité et de probité, ce qui a justifié le choix porté sur vos personnes. Il n’y a aucune crainte.

Je me vanterai, si je m’essaye à vous donner conseil. Vous avez tout le talent, les compétences, les valeurs nécessaires pour servir notre pays à partir de Nouna. Je vous inviterai tout de même à privilégier surtout l’écoute, l’échange utile pour cimenter davantage les maillons de votre institution. Opiniâtre travail vient à bout. Investissez vous pleinement sur le lit de la justice avec pour épée la règle de droit. Fermez pleinement les yeux pour ne pas faiblir du fait de liens incestueux, d’interventions venant de toute part ou pour bien d’autres avantages indus. Mais n’oubliez guère que la mission première du droit, c’est d’organiser une vie en société sans conflit. L’aboutissement d’une décision de justice ne devrait pas créer plus de problème qu’il n’en règle. Je vous sais compétents et ne crains point que vous saurez vous appuyez sur les manettes utiles pour élever davantage la Kossi.

Je demande aux collègues et collaborateurs de vous accompagner pleinement.
Je demande aux OPJ de faire bloc derrière vous.
Je demande à toutes les autorités de vous guider autant que de besoin, de vous accompagner et de vous appuyez car le succès de la justice est la fin de la force, des brimades, des injustices, de la violence, de l’instabilité, de tout marasme.

Que cette année judiciaire qui s’annonce soit la meilleure possible pour tous les acteurs du monde judiciaire.

Que la grâce de Dieu soit avec nous et nous inspire à chaque occasion où nous voulons passer à l’action.

Paix, prospérité et gloire pour le Burkina Faso!!! >>

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