Catégorie : Les Délires de Mada
dimanche 14 août, 2022 | 13:14

Affaire de maison

La conviction a, au moins, le mérite de nous maintenir dans la bataille !

J’ai eu la chance de passer un moment de mon enfance au village. Nos aînés nous racontaient que selon les génies, les humains sont des idiots. En effet, ces êtres imaginaires pour certains et réels pour d’autres, penseraient que cette bêtise humaine se traduit par la tradition de construire des maisons. << Nous nous vivons plusieurs centaines d’années mais nous ne construisons pas de maison. Mais vous qui n’avez pas longue vie, mais vous en construisez en pagaille >>, disent-ils d’après les récits.

Je ne sais pas si les génies ont le concept d’héritage chez eux. Mais le problème, c’est que la question de logement inquiète actuellement dans notre pays. Un soir, j’ai fait la rencontre d’une jolie demoiselle. J’avais décidé ce jour là, de partir au travail à pied, question de faire un peu d’activité physique. Elle m’a refusé son numéro. Les jeunes garçons pauvres en savent quelque chose. Alors j’ai tracé mon plan de conquête. Sans permis de conduire, j’ai demandé la voiture de mon ami ainsi que sa veste qui me flottait. Bon ne me jugez pas hein, ses biens m’appartiennent en partie. Il est fonctionnaire et c’est avec l’argent de nous les contribuables qu’il les a acquis. C’est ce que nous qui sommes du secteur privé pensons. Hummm, fonctionnaire burkinabè souffre dhè. Tout le monde pense que tu as l’argent. Même le gouvernement développe toutes les stratégies possibles pour avoir pour lui dedans. Vous voulez la suite de l’histoire avec la go là, essayez vous-même. Moi je parle d’affaire de maison.

Les parcelles sont trop trop chères et l’équité ne fait plus partie de nos habitudes. Sinon, tu peux être riche mais n’achète pas tous les terrains et laisser les pauvres dormir en location toute leur vie ! Surtout que les propriétaires n’ont pas pitié des locataires. Mon voisin a passé une dizaine d’années à payer 20 000 F chaque mois. Un seul mois qu’il n’a pas pu honorer son devoir, son bailleur veut le mettre dehors !

Alors aujourd’hui au Burkina Faso, chacun veut sa maison à lui. Même mes parents Peulhs construisent des maisons en dur maintenant. Nos villes s’étendent peu à peu à perte de vue. Peut-être dans un ou deux siècles, nos parents Peulhs n’auront plus de terrain de pâturage pour leurs bœufs et nos parents Bwaba manqueront de terre de culture du sorgho pour le dolo. Heureusement que nous adorons les aliments importés. Sinon pourquoi le riz du Sourou perd la concurrence face au riz thaïlandais ? Qu’en est-il du sucre de Banfora ? Ce sont les mêmes qui répètent à longueur de journée le fameux concept << Consommons ce que nous produisons >>, ce sont les mêmes qui se vantent d’être des privilégiés parce qu’ils ont accès aux mets européens. Je ne sais pas hein, mais combien de dirigeants africains se soignent en Afrique ? Moi je me suis perdu et j’aimerais que ce soit l’argent qui me retrouve. Je prendrais l’avion juste pour aller chier à Paris et revenir. Mes enfants etudieraient à Harvard pour revenir gouverner ici même s’ils ignorent totalement les aspirations du peuple.

C’est vrai, la construction est le meilleur investissement. Mais à force de vouloir construire, les Burkinabè ne vivent pas. Nous passons notre vie dans le stress. Et pire, la vente de parcelles constitue toute sorte de magouilles de nos jours. Mon voisin s’est fâché, a pris un prêt en banque, a acheté une parcelle non lotie. Ce qu’il ne savait pas, c’est qu’il était le 5e acquéreur. Certains sont vraiment doués dans cette pratique. Ils vendent l’unique parcelle à une dizaine d’acheteurs et le jour que le problème se pose, ça se règle à l’africaine. Déçu, mon voisin est parti construire dans son village. Là-bas au moins, la terre ne se vend pas encore. Mais là aussi, combien de familles sont en conflit ?

Vous savez, peut-être que les génies ont raison. Au moins, les humains devraient modérer leur avidité. Si tu as payé plus de l’équivalent de la valleur de la maison, elle devrait t’appartenir. Puisque le propriétaire n’en a pas besoin. Je sais que je suis perdu mais et si le gouvernement et les collectivités territoriales accordaient une parcelle à chaque Burkinabè ! Parce que la terre nous appartient à tous hein. Eh, non, la terre n’appartient à personne hein ! Je ne parle pas des propriétaires terriens hein. Chaque zone a effectivement ses autochtones et ils ont ce droit de jouir de leur droit sur la zone qu’ils ont déblayée et que toi et moi sommes venus occuper avec eux. Bon là là, je ne sais plus ce que je dis. On dirait que je dis une chose et son contraire. Peut-être que je me perds encore. Donnez-moi donc un me, que je l’ajoute à mon Mada.

Issa Mada Dama